du rififi à Crécy-en-Brie (épisodes 5 & 6)

Par GOLBY

Je vous parle de ça parce que je sens un lien avec le barrage du Morin dans cette histoire. Faut dire que quand les 20 000 habitants de la vallée ont su que le barrage allait se construire jusqu’à la cote 100 près du pont de l’autoroute à Couilly, y z’étaient pas trop jouasses les baffreurs de fromages plats et blancs qui puent.

Et je vous parle pas des rurbains qu’ont pas encore payé leurs taules dans la vallée. Parce que le barrage doit remonter en période de pluie jusqu’à un bled appelé Saint Siméon et que ça va noyer un paquet de cabanes.

Je crois que les énarques ont décidé de s’en tenir là parce qu’ils y en a quelques uns qu’aiment bien le fromage qui daube. Comme c’est à St Siméon qu’il y a la dernière laiterie Française à faire du Brie (les autres le fabriquent en Chine maintenant), par sursaut de patriotisme, ils ont réglé le niveau maximum du lac pour ne pas noyer l’usine à clacos.

L’arrivée de Mickey à quelques kilomètres dans les années 90, ça avait été un grand moment de bonheur à côté de l’annonce du barrage. Et pourtant à l’époque, le Front de Libération de la Brie- Armée Révolutionnaire de la Brie avait essayé de faire sauter un pylône EDF pour saboter la soirée d’inauguration. Je commence à me demander si ce groupuscule autonomiste n’aurait pas remis le couvert. Après tout, on ne les avait jamais trouvés les plastiqueurs (faut dire que tout le monde s’en foutait que Mickey ait failli se faire cuire les miches). Ca avait fait rigoler jusqu’au fin fond de la Brie, cette histoire.

En attendant, si ça avait foiré en 1992, je ne sais pas se qui se prépare maintenant  parce que les 2 congelés qui sont déjà au placard sans compter l’autre qu’à le sourire figé, y sont bien morts et que je n’ai pas le début d’un soupçon de piste …

En plus, le rosbif et les 2 suivants me paraissent pas jouer dans la même cour. Autant, l’embétonné était tendance écolo, autant le député maire et l’agent immobilier était plutôt dans le genre bétonneur. Mais après tout, c’est  peut-être la réponse du berger à la bergère.

Bon, si on revenait à nos moutons.

Quand mon officier de tutelle a appris que j’avais pas avancé sur les 2 premiers meurtres, il m’a dit : « vous êtes au fond du trou, Puisatier, je vous file un mec pour vous aider parce que c’est au pied du mur qu’on voit le maçon ». C’était facile cette vanne ; il me la balançait à chaque fois que j’avais pas réglé en 2 jours le meurtre de l’amant de la pouf du quartier ou du clodo qui s’était fait tabassé, sauf qu’à chaque fois j’avais personne. Mais là, y m’avait filer un gars avec un nom marrant : Joseph Gigot.

C’est un sérieux qui connaît bien la région, un authentique Briard du fond de la Brie ce gars là et en plus c’est un mec qui sait fouiner partout. Il avait torché quelques articles, il y a quelques dizaines d’années sur le District-crécy, pas à piquer des vers. Je crois que je vais bien m’entendre avec lui. Et comme là c’est du sérieux parce que ya un ponte et un exécutif du barrage qui se sont fait dessoudés, j’ai besoin de quelqu’un de confiance pour m’aider.

Ouais, parce que le vendeur de baraques avait été délégué pour négocier les futures surfaces à ennoyer avec les autochtones. C’était pas le seul d’ailleurs. Toutes les agences immobilières de la région de Crécy à Coulommiers, y compris celle en dehors des emprises du lac s’étaient vu répartir le travail par le préfet de région. Intérêt supérieur de la nation qu’il avait dit le préfet.

 
Episode 6

C’était pas que ça les enchantait au début les vendeurs encravatés, de se construire le pilori pour se faire clouer mais quand ils avaient vu le fric qu’ils pouvaient se faire en 3 ans, les 10 agences immobilières travaillaient quasiment jour et nuit pour que leur taulier soit le premier à prendre sa retraite dans le Finistère.

Celui qui avait servi de battant pour la cloche de la collégiale était le meilleur. Il collait aux clients comme un morpion. Il ne lâchait pas temps que sa proie n’avait pas lâché le morceau. Tous les moyens étaient bons pour tirer le prix le plus bas possible. Ca explique peut-être qu’il se soit fait débrancher, histoire de montrer l’exemple aux autres.

Il se disait même qu’il avaient fait des programmes automatiques qui téléphonaient en permanence aux gens la nuit pour les empêcher de dormir.

Quand au notable, ça faisait longtemps qu’il était compromis avec les marchands de béton et y avait pas mal de gens qui lui en voulait à Crécy.

Mais maintenant qu’il avait « vendu » la vallée au Syndicat d’Electrification des Morins et à la Compagnie de Régulation de la Seine et de ses Affluents, il était retranché à Serbonne où il attendait la fin de la construction de sa future maison. Il se disait dans le patelin qu’en échange de ses bons et loyaux services, les 2 filiales de multinationales lui  avait racké une résidence d’exception dans le lotissement de luxe surveillé du nouveau programme de Stone and Holiday qui était en construction au bord du futur lac. Là, contrairement au « vulgum pecus », comme disent les huiles, pas de limite de surface par personne et pas d’obligation de logement de sinistrés ; le pied quoi, pour ceux qu’ont du blé.

 
A Crécy, ils avaient appelé leur nouvelle école "l’Eau Vive", à force de rigoler l’histoire les avaient rattrapés, et Luc Besson a  tourné le film "l’Eau Vive 2" à Crécy pendant la construction du barrage, comme 50 ans plus tôt  à Serre Ponçon  
Il l’avait bel et bien vendu la vallée et les ingénieurs qui avaient calculés que le Morin pouvait produire suffisamment d’électricité pour alimenter Meaux et ralentir les inondations parisiennes s’étaient bien foutus de nous. En fait, il ne s’agissait que d’un projet de loisirs pour l’ élite de la Nation. Le lac permettrait aux pontes de faire du voilier sur ce secteur où la mer n’arrivait pas encore. La résidence sur le Sud du lac, serait située dans un lieu idéal à proximité de la forêt de Crécy. Par des fuites, on a appris que les promoteurs allaient faire un parc animalier géant de fauves sur 3000 ha avec des clôtures de quatre mètres de haut. Des systèmes d’alarme à laser étaient prévus pour prévenir tout départ d’animal. Les mauvaises langues disaient que c’était plus pour éviter les introductions indésirées dans les baraques de luxe qu’ils faisaient ça.

Je sais pas trop quoi en penser, ça me parait une bonne idée un parc à fauves en Brie, ça m’évitera d’aller les voir à l’holociné de Marne la Vallée où c’est toujours blindé de monde.

Tout ça expliquait aussi pourquoi le viaduc de Serbonne avait été construit plus de 20 mètres au dessus du niveau maximum du barrage. Fallait bien laisser une voie d’air pour faire circuler les voiliers.

Ils avaient pensé à tout les gars de l’Etablissement Public d’Aménagement du secteur 5 de Marne la Vallée. Et bien avant tout le monde. Ils avaient calculé que le lac serait 12 m plus haut que le sommet du clocher de la collégiale. Ils avaient bien pensé à la déplacer, cette collégiale, mais plus personne n’allait à la messe et lors des inondations, ça avait été le déluge dans le choeur à chaque fois. La mairie de Crécy ne voulait plus payer les réparations. Quand au conseil général, mis à part faire des barreaux routiers n’importe comment, la culture rurale, c’était pas trop son truc. Alors pour finir, quand le barrage serait en eau, y aurait plus que les gars du club de plongée de Crécy qui pourrait aller la visiter, la merveille gothique.

Et moi, je me retrouvais comme un con à ramasser les morceaux.

à suivre après … forcément !

(article vu 8 fois)

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2 réponses

  1. jna dit :

    Je vous proposerais bien une autre enquête : identifier GOLBY par exemple … :#
    – ce n’est pas moi, et je n’ai aucune idée de l’identité véritable de l’auteur

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