Florence Pigoreau nous conte son ancêtre

En ce printemps de la poésie évoquons à nouveau ce poète créçois méconnu Alexandre-Nicolas Pigoreau qui nous a laissé cet ouvrage "Poésies et chansons créçoises". Son arrière-arrière petite-fille, Florence Pigoreau nous a contacté et écrit ce texte sur son ancêtre, texte qui comporte anecdotes et textes inédits :
"Chers Brionautes
Je voudrais tout d’abord  remercier très sincèrement  M. Henri Moret,  issu d’une vieille famille créçoise, et descendant d’un ami de mon arrière-arrière-grand-père, Alexandre Nicolas Pigoreau.  Je n’ai pas eu le plaisir de m’entretenir avec  M. Moret comme avec les deux amis que je vais citer tout à l’heure. Mais sans lui le livre de mon ancêtre : « Chansons et Poésies Créçoises », n’aurait pas pu être édité. En effet M. Moret a découvert fortuitement un cahier, vraisemblablement recopié par un membre de sa famille, contenant des textes écrits en grande partie par Alexandre Nicolas.
Mes remerciements vont également à M. François Leger, qui, avec beaucoup de talent, a préfacé et annoté cet ouvrage.
Il m’a aussi donné des informations concernant l’histoire de Crécy que j’ai mentionnées dans mon texte.
Je remercie également M. Jean-Michel Sagnes qui a écrit un article très intéressant pour votre site.
Je voudrais apporter mon témoignage dans le prolongement de ces travaux.

Mon ancêtre naquit à Paris en 1765. Sa famille le destinait à la prêtrise. Il devint professeur de grec et de latin, sous-principal de collège, et professeur suppléant de littérature grecque au Collège de France. Puis arriva la Révolution. Il portait déjà la soutane bien que n’étant pas encore ordonné. Il jugea prudent de renoncer à cette voie, et entreprit de vendre sur un quai de Paris les livres qui lui avaient servi à enseigner, et qu’il renouvelait le soir dans les ventes des salles Silvestre.
Un jour il rencontra sa mère :
« – Est-ce possible. Voilà le fruit de l’éducation que vous avez reçue. D’évêque vous êtes devenu meunier. Faites comme il vous plaira.
– Hélas, croyez-moi ma mère ! Il est des temps où il vaut mieux être meunier qu’évêque ».

Après ces débuts modestes il loua une échoppe, puis développa progressivement son commerce jusqu’à devenir libraire-éditeur.

Ses activités ne l’empêchèrent pas d’écrire plusieurs ouvrages dont le plus connu est sa "Petite bibliographie biographico-romancière", qui a été rééditée récemment, et qui aurait, parait-il, servi de modèle à Walter Scott pour sa biographie des romanciers célèbres.

Il avait épousé entre-temps sa cousine, Anne Bertrand, née en 1775, qui lui donna 14 enfants dont 8 vivaient encore en 1848.

Après avoir vendu son fonds il se retira à Crécy. C’est là qu’il écrivit ses « Chansons et Poésies Créçoises », et qu’il entreprit, alors qu’il était presque octogénaire, de rédiger un dictionnaire étymologique de grec, auquel il travailla pendant une dizaine d’années et qu’il mourut sans avoir achevé.

La plupart de ces données sont tirées de l’article que L’Huillier, historien érudit de la région créçoise, qui a connu Alexandre Nicolas Pigoreau, a écrit dans l’Almanach Historique, Topographique et Statistique du Département de Seine et Marne et du Diocèse de Meaux paru en 1885. Il était à l’époque Chef de Division à la Préfecture de Seine et Marne. Un autre enfant de votre région, né à Crécy,

Husson, historien érudit lui aussi , fait référence à mon ancêtre dans son livre : « Crécy et ses environs », où il parle de sa poésie : La fontaine de Retz. Après avoir donné ces renseignements complémentaires sur mon arrière-arrière-grand-père, je voudrais, puisque votre site a, entre autres, vocation à être un forum, répondre aux amis qui se sont exprimés à la suite de l’article de M. Sagnes.
Bien sûr, comme le disait ce dernier, ce n’est pas de la grande littérature, et c’est ce qui se dégage de la teneur générale de vos témoignages. Mais Alexandre Nicolas n’a jamais eu la prétention d’être un grand écrivain.
Il l’a écrit de la façon la plus claire qui soit dans l’importante correspondance qu’il a laissée. Seulement il aimait écrire, et il avait malgré tout un certain talent. Rappelons que ces textes, composés à l’occasion d’événements familiaux et amicaux, n’étaient pas destinés à être édités. Comme me le disait M. Sagnes : Il y a quand même quelque chose.

Je vous invite à lire son livre. Je précise que je suis totalement désintéressée. Mais vous verrez que si tout n’est pas excellent il y a cependant des passages d’une réelle poésie. Et d’autres très beaux et très profonds, qui signent leur brave et honnête homme, lequel en plus n’était pas un imbécile, comme celui-ci , écrit en des temps dramatiques :

« Dieu tout puissant, Dieu de miséricorde
Ramène parmi nous la paix et la concorde !
Dans ces temps de perversité,
Dans le triste siècle où nous sommes,
Change nos moeurs, change le coeur des hommes
Et République ou Royauté,
L’abondance et la paix floriront sur la terre. »

Puis la poésie se poursuit sur un registre différent et très émouvant :

« Et vous qui chérissez une si bonne mère,
Vos soins et votre amour lui rendront la santé.
Ce saint amour qui dans vos âmes brille,
Et me fait dire en père bien-aimé :
Oui le bonheur n’est que dans la famille »

Toujours dans le même registre, le passage d’un poème, très touchant lui aussi, qui ne figure pas dans le livre, mais dans mes archives familiales :

« Amis ! Voyez ma brillante couronne !
Tous mes enfants groupés autour de moi.
D’un doux éclat leur visage rayonne ;
Et moi je sens un indicible émoi.
Que le bon vin dans nos verres pétille
Que le salon résonne de nos chants,
Qu’on est heureux au sein de sa famille
Qu’on est heureux au sein de ses enfants. »

Florence Pigoreau.

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