Le blason de Crécy : épilogue

Nous voici arrivés au bout du voyage. Au revoir Catherine, Diane, vos chiffres et emblèmes. Vous n’y étiez pour rien. Pas plus que vous les Chatillon et leurs trois pals de vair … Un érudit s’est peut-être trompé, ceux qui l’ont suivi l’ont copié et de fil en aiguille par manque de curiosité et d’esprit critique, une contre vérité s’est imposée comme un fait historique dans la croyance populaire.

Aujourd’hui, c’est du côté de Bordeaux et de Croissy-sur-Seine que je regarde. Vos croissants, qui symbolisent, avec certitude, les méandres des fleuves au fond desquels où vous vous êtes enracinés, m’ont donné des idées.

Si c’était vrai, pour nous aussi ?.


A gauche : le blason de Crécy-la-Chapelle, en version pin’s, des années 90

Crécy une ville d’eau
Le plan de Crécy présenté ici est extrait d’un ouvrage de Jean Mesqui (Les enceintes de Crécy-en-Brie -1980). Il s’appuie sur un travail réalisé à la fin du 18ème siècle et il restitue l’organisation urbaine de la cité et de ses anciennes lignes de défense.

Nous constatons tout d’abord une première singularité. Les trois portes dites "du château", "du marché" et de "Meaux" sont situées très exactement sur une même droite. Elles sont alignées. Celle droite, une fois tracée, a tout l’air de constituer un axe de symétrie pour la figure. De part et d’autre de cet axe, la ville est dessinée selon une organisation très comparable. Les contraintes du terrain n’ont sans doute pas permis aux bâtisseurs d’atteindre la symétrie parfaite, mais l’on perçoit assez bien, une volonté évidente d’y parvenir.

Sur ce plan, j’ai surligné en bleu les principales voies d’eau qui traversent le bourg : le Morin et les deux brassets. 

Le plan de Crécy présenté ici est extrait d’un ouvrage de Jean Mesqui (Les enceintes de Crécy-en-Brie -1980). Il s’appuie sur un travail réalisé à la fin du 18ème siècle et il restitue l’organisation urbaine de la cité et de ses anciennes lignes de défense.Nous constatons tout d’abord une première singularité. Les trois portes dites "du château", "du marché" et de "Meaux" sont situées très exactement sur une même droite. Elles sont alignées. Celle droite, une fois tracée, a tout l’air de constituer un axe de symétrie pour la figure. De part et d’autre de cet axe, la ville est dessinée selon une organisation très comparable. Les contraintes du terrain n’ont sans doute pas permis aux bâtisseurs d’atteindre la symétrie parfaite, mais l’on perçoit assez bien, une volonté évidente d’y parvenir. Sur ce plan, j’ai surligné en bleu les principales voies d’eau qui traversent le bourg : le Morin et les deux brassets. 

Maintenant, redressons, réorientons légèrement la figure, en la faisant pivoter comme pour placer l’axe de symétrie à la verticale : qu’observe-t-on alors ?

A la base du plan se dessine un premier arc de cercle dont la partie ouverte est orientée vers le haut : c’est la rivière, le coude du Grand Morin au fond duquel s’est niché Crécy. Au-dessus, deux autres arcs de cercle se détachent clairement, plus ou moins " parfaits ", ils sont orientés dans le sens inverse du premier, en s’ouvrant vers le bas.
Un, deux, trois, arcs de cercle : l’un montant sur lequel s’appuient les deux autres, renversés !
Voici trois belles courbes, trois bras de rivière (fossés et remparts) qui délimitent les contours de la ville et ses quartiers historiques.

Des bras qui semblent enlacer la cité, des bras protecteurs, des bras nourriciers. Une eau protectrice, une eau source de vie, une eau source de prospérité à travers l’activité économique qu’elle engendre : le port, le commerce, les tanneries bien sûr.

Cette eau que nous savons parfois indomptable est associée depuis la nuit des temps à tous les évènements marquant l’histoire de la ville, les meilleurs comme les pires.

Trois bras d’eau qui délimitent deux grands quartiers (le bourg et le marché) depuis le XIIIème siècle, date vraisemblable d’achèvement des fortifications de la ville par les Chatillon.

Sûreté, sérénité, solidarité

Des quartiers, une cité, des hommes et des femmes qui XVI ou au XVIIème siècle, après des périodes instables et troublées, aspirent naturellement à plus de paix et de prospérité.

Pour atteindre cet objectif commun de prospérité, les créçois n’ont pas le choix, ils doivent s’entraider, s’unir, travailler ensemble : les quartiers se fondent pour former une ville, UNE et solidaire, ….
Trois bras, trois courbes stylisées, par souci d’esthétique, par trois croissants, trois quartiers – de lune – entrelacés, sur fond azur. L’entrelacement des entités symbolise à mon sens cette nécessaire volonté de solidarité et d’entraide, une nécessaire union des bonnes volontés.

Les couleurs ont, elles aussi, leur langage. L’azur, dans la symbolique héraldique, est la couleur porteuse de profondeur et d’immatérialité : symbole d’intelligence, de fidélité, de paix et de sérénité.

Tout, dans ce blason, aspirerait dès lors à la sécurité, la sérénité, la prospérité et la solidarité … comme une vraie force tranquille à l’aube d’un nouveau siècle : XVIIème ou XXIème ?.

Et que ces courbes, ces croissants d’argent, évoquent aussi le "C", initiale de Crécy, constitue un PLUS qui ne peut que renforcer cette savante alchimie de symboles.


Voici que se dessine ce que nous pouvons appeler sans prétention, mais avec fierté, le Chiffre de Crécy, aux trois croissants d’argent entrelacés. Trois arcs de cercles, qui s’entrelacent dans une position bien précise et somme toute, naturelle, pour aboutir à la figure qui nous est familière (cf. figure ci-dessous).

Cette expression de "Chiffre de Crécy" me plait beaucoup. Elle est porteuse de valeurs un peu désuètes, mais n’est-elle pas d’une esthétique, tout à fait adaptée et pertinente pour désigner un aussi bel emblème que le nôtre.

Si l’on devait travailler aujourd’hui à la conception d’un logo pour la ville de Crécy, pourrions-nous faire mieux, pourrions-nous avoir de meilleures idées, imaginer de meilleurs symboles pour évoquer en quelques traits la ville dans son ensemble ?

Je crois que non et la symbolique décrite ici, présente un autre atout : son caractère intemporel. Ce qui était vrai hier, l’est tout autant aujourd’hui. Inutile de parler au passé. Tout y était et tout y est encore !

Trois croissants entrelacés. Un premier pour le Morin, notre rivière nourricière et capricieuse qui rythme notre vie depuis près de 10 siècles. Deux croissants aussi pour les brassets doublés de leurs remparts dont la vocation défensive et protectrice d’origine, s’est transformée au fil du temps en vocations plus contemporaines, industrielle, commerciale. C’est bien aussi le Morin et notre réseau de canaux qui aujourd’hui confèrent tout son charme à notre cité et le meilleur de ses atouts touristiques ! Peut-on imaginer emblème plus pertinent pour symboliser la sérénissime Venise briarde !

Epilogue

En première lecture, notre blason apparaît comme une sorte de carte qui rappelle l’organisation de la ville, autour de la rivière et de ses brassets.
Trois croissants, trois quartiers de lune qui par leur entrelacement subtile peuvent aussi évoquer l’inaliénable aspiration des créçois à plus de paix, de prospérité, de solidarité.
A bien l’observer, c’est une réussite, car c’est tout à fait le sentiment qu’il m’inspire.

Un tel message dans une simple figure, sobre et esthétique, avouons que cela est bien plus emballant et plus fédérateur qu’un hommage à Catherine de Médicis et Charles IX …,

Mon interprétation en vaut d’autres, mais d’autres, il n’y en a pas.
L’important n’est pas nécessairement d’avoir raison, car je crois bien que personne ne connaîtra jamais avec certitude la vérité sur l’origine du blason de Crécy.

L’interprétation que je propose, j’en ai l’intime conviction, comporte une part de vérité, car elle constitue un hommage à la ville, la rivière, aux créçois. Un hommage intemporel, vrai hier, tout aussi vrai aujourd’hui.
Je pense que troquer notre vieille interprétation, au demeurant fort peu plausible, associée à une Catherine de Médicis, enferrée dans un passé sombre et bien lointain, contre une explication foncièrement positive, empreinte d’optimisme et de surcroit toujours pertinente, nous fait enfin retrouver la bon chemin. Un virage radical à 180° qui nous remet en marche dans le bon sens.

C’est de nouveau le futur, l’avenir que nous regardons avec confiance et sérénité.
Crécy, 2006-2007


jna.

Bibliographie :

"Les enceintes de Crécy-en-Brie et la Fortification dans l’ouest du comté de Champagne et de Brie au XIII ème siècle " par Jean Mesqui 1979 (brochure)


" Les Eloges et les vies des reynes, des princesses, et des dames illustres en piété, en Courage & en Doctrine, qui ont fleury de nostre temps, & du temps de nos Peres. " par Hilarion de Coste (1595-1661)


"Promenades et excursions dans les environs de Paris" par Alexis Martin 1898

"Crécy-en-Brie et la Vallée du Morin" par Sabine Gervais et René Blaise (réed 1990 )

"Toponymie en Seine et Marne" par Paul Bailly (Amatteis)

"Précis d’histoire de Seine-et-Marne" par Louis Leboeuf 1888 (Réed Amatteis)


"Armorial général des communes de France" par Lartigue (Christian, 1995)

Sites internet de référence

 

http://www.gaso.fr : la banque du blason
http://web.genealogie.free.fr : site de généalogie, très complet sur la dynastie des Chatillon

(article vu 28 fois)

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12 réponses

  1. jms dit :

    Bravo à jna pour ce gros travail d’érudit et de chercheur !

    Son explication est sans faille, convaincante et séduisante !

    Même si ce n’est pas forcément l’explication des origines (on ne la connaitra jamais), cette interprétation à la fois moderne et intemporelle mixe l’histoire et la géographie. Elle mériterait de figurer sur les guides et dépliants touristiques locaux.

    • retraitactif dit :

      Heureusement que JNA était là;on est beaucoup plus rassuré maintenant sur l’origine de l’emblême de Crécy…
      Ouf on a eu chaud , pour un peu on ne savait pas d’ou on venait.

      • jms dit :

        C’est très important que de connaître ses origines. 😉

        Découvrir une explication moderne au blason de crecy peut être un atout touristique de poids. Il faut saluer à la fois la démarche et le résultat qui tient parfaitement la route. :-d)

        Combien de villes ont accompli cette démarche de recherche d’une identité ? :#
        Les forces vives locales chargées du tourisme devraient s’appuyer sur les travaux de jna pour « vendre » crécy. :b

        L’animation avec les 3 images succesives de l’article devenant la version dynamique du symbole de Crécy. :-b)

        • jna dit :

          Merci jms, cela me fait chaud au coeur, alors que je m’attendais à une contradiction plus virulente (je deviens parano ?).

          J’avais annoncé que je comptais adresser une copie de ma contribution aux dites forces vives … pensez-vous que ça tient la route ? Puis-je compter sur le soutien affectif et moral des brionautes ? :-d)

          • jms dit :

            Tout à fait. Ce texte mérite d’être connu auprès de ceux qui ne nous lisent pas (il en existe surement) et d’une manière générale une diffusion plus large et multi-média. Peut-être avec une mise en page adaptée au média et une suppression des allusions aux brionautes cités.

  2. hkir dit :

    La démonstration est passionnant mais ya un truc qui me chiffonne:
    Que devient le dernier brasset dans cette hypothèse?
    Celui qui alimente le moulin intra muros à proximité de l’église?
    Aurait-il été sacrifié à l’esthétique de la hiéraldique?
    Ou bien est ce le Morin qui ne serait pas comptabilisé?
    Ou encore le brasset des promenades (peut-être ultérieur au blason des origines)?

    Non , vraiment , nous ne le saurons jamais. Peut être un jour la vérité surgira des archives?

    En tout cas, bravo et merci pour ces promenades parmi les blasons et les écus. :-e) :-d)

    • jms dit :

      En fait ce n’est pas un brasset mais un bras naturel. Cela peut justifier qu’on le traite différemment.

    • jna dit :

      Le brasset des Promenades est ancien et remonte (au moins ) au XIII ème siècle comme je l’ai mentionné, c’est un élment essentile du dispositif de défense de la ville et du quartier dit du marché.
      Le brasset intérieur qui délimite le quartier du « bourg » le plus anciend e Crécy, a nécessairement été creusé plus tôt, en revanche ils semble que du point de vue de l’architecture miitaire les fortifications qui le doublent soient presque contemporaines de celles du grand brasset alors qu’on les imagine en général plus anciennes.

      Enfin pour venir au bras d’eau qui chiffone hkir, j’irais dans la m^me direction que jms : ce bras d’eau naturel n’a jamais eu la même importance que les autres, tant sur le plan du système de défense que sur le plan économique ou encore dans le « coeur » des créçois.
      Je pense qu’il a toujours joué un rôle mineur comparé aux 2 autres.
      On peut en terme de symbolique (il faut aussi simplifier) le confondre avec la rivière. 😉

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