Le retour de la liberté de l’histoire

Histoire de liberté de l’histoire et histoire de liberté. 
La France et l’Allemagne ont retenu la date du 27 janvier, anniversaire de l’ouverture du camp d’Auschwitz, pour instituer la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité dans les établissements scolaires. Je me demande si l’on n’en fait pas un peu trop en matière de Mémoire. Je ne suis pas sûr de me souvenir de tous les films, de toutes les manifestations, de toutes les journées de mémoire  existantes. Bref, j’ai la mémoire qui finit par flancher.
Je ne sais plus exactement si je leur ai montré la voie, mais nombre d’historiens français ont ouvert le débat au nom de « la liberté pour l’histoire »: la mémoire va-t-elle finir par remplacer l’histoire ?
Avertissement : Cet article contient des propos qui pourraient être mal interprétés par certains lecteurs. Les "Brionautes" indiquent que ce texte n’engage que son auteur et déclinent toute responsabilité en cas de mauvaise interprétation.  Poil au menton.
 
l’entrée du camp d’Auschwitz : "Arbeit macht frei"
En 2002, les ministres européens de l’éducation ont adopté à l’initiative du Conseil de l’Europe la déclaration instituant la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité dans les établissements scolaires des États membres. La France et l’Allemagne ont retenu la date du 27 janvier, anniversaire de l’ouverture du camp d’Auschwitz, pour instituer cette journée du souvenir. (Scre Ministère de l’EN)

Nous sommes le 27 janvier.  Après la journée des justes du 18 janvier, voici donc nouvelle journée de la mémoire.

J’ai choisi de traiter le sujet sous un angle un peu décalé car je me demande si l’on n’en fait-on pas un peu trop en matière de Mémoire (avec un grand « M »).
Je ne suis pas sûr de me souvenir de tous les films, de toutes les manifestations, de toutes les journées de mémoire  existantes. Bref, j’ai la mémoire qui finit par flancher.
La liberté de l’histoire 

Les historiens au nom de la liberté pour l’histoire ont ouvert le débat et ont même pétitionné. Au-delà du nécessaire devoir de mémoire que nous savons d’ailleurs entretenir, une question essentielle se pose, celle de la légitimité de la mémoire comme vérité historique. La multiplication des lois mémorielles (lois de mémoire) est à l’origne de la rebellion des historiens qui voient dans ces textes législatifs une forme de limitation de leur liberté. "Une loi mémorielle est une loi  qui déclare, voire impose, le point de vue officiel d’un état sur des évènements historiques. À l’extrême, une telle loi peut interdire l’expression d’autres points de vue".

La loi peut-elle ainsi écrire l’histoire, au nom de la mémoire ?
N’existe-t-il pas une véritable antinomie, une opposition de fond  entre la mémoire et l’histoire. C’est la position que défendent certains historiens et non des moindres. C’est aussi un bon thème pour un sujet de philo, déjà "tombé" au bac. 

un site sous gestion internationale

la rampe d’arrivée des trains de déportés, 
la voie passe sous le fameux porche 
Mémoire sélective

Nous avons en France quelques lois de ce type. La loi Gayssot qui instaura en 1990 la reconnaissance de la shoah et interdit les propos négationistes. La Loi du 29 janvier 2001 présente la particularité de tenir en une seule phrase (c’est peut être le texte le plus court de nontre dispositif législatif) : " l’état français reconnait le génocide arménien ".
En 2001 toujours, la loi Taubira qualifie la traite négrière (avec ses nombreuses variantes) de crime contre l’humanité, créant ainsi un précédent, car la notion de crime contre l’humanité était jusqu’alors utilisée pour qualifier des crimes contemporains et non des évènements ancestraux.
Quant à la dernière loi mémorielle en date, elle fut jugée inadmissible en particulier par tous ceux qui avaient applaudi à la  promulgation de la loi précédente. C’est le texte du 23 février 2005 portant sur la présence française outre-mer. Il attribuait certains effets bénéfiques au travail de la France dans ces colonnies. Pas intellectuellement correct.
Bref, on le voit, une loi mémorielle peut être influencée par une mémoire sélective.

Auschwitz 1 : ces miliers de paires de chaussures entassées dans une vitrine n’ont finalement jamais quitté le camp

… vue générale de Auschwitz 2 : Birkenau

L’histoire n’est pas faite pour juger le passé

De l’avis des historiens, la mémoire individuelle comme la mémoire collective est liée au souvenir, à une forme de subjectivité d’autant plus importante que l’on se réfère à des évènements anciens dont tous les témoins ont disparu. La mémoire a tendance à écrire l’histoire en fonction du contexte présent, des systèmes de valeurs actuels et aussi de l’efficacité des forces et lobbies d’influence en présence. La mémoire trop souvent, se fait le juge du passé. Elle ferme les portes de l’interprétation et de la compréhension.

L’histoire des historiens, se veut plus objective ou du moins tente de l’être. Les historiens ont pour mission d’étudier les évènements dans le contexte de l’époque au-cours de laquelle ils se sont déroulés. C’est du moins ce que prétendent les pûristes. Je ne suis pas certain que les historiens soient tous aussi objectifs qu’ils le prétendent et que leur Histoire ne soit pas influencée pour leur propre histoire individuelle.
L’Histoire ne doit pas craindre la critique, la remise en cause, elle n’est pas faite pour juger le passé, le figer mais pour nous le faire mieux imaginer, mieux comprendre. Seule les dates des grands évènements fixent l’histoire., Entre deux dates l’historien jouit de quelques degrés de liberté. Cette perspective est nécessairement excitante pour les historiens, car sans elle, ils ne feraient que ressasser, rabâcher le passé.

J’ai été moi-même connu ce grand frisson le jour ou j’ai réuni les élements objectifs me permettant de remettre en cause la version banale des origines du blason de Crécy (pour rire). Je dois à cette occasion reconnaître que je me suis aussi conduit comme un amateur ou un créateur de mémoire peut-être, en décrivant Catherine de Médicis, si vénérée à Crécy, comme une méchante dame … ce n’était pas fair play.

l’entrée tristement célèbre du camp de Birkenau
… les ruines des 4 usines à tuer, restées "en l’état" depuis 1945.  Les allemands avant de prendre la fuite les ont rasé à l’explosif, sans pour autant réussir à les faire disparaître
La mémoire serait aussi à rapprocher  d’une tendance générale à la victimisation selon P. Nora (Historien, académicien). Les victimes ont certes besoin de voir leur statut reconnu, cela leur est utile pour évacuer les démons qui les poursuivent et parfois se reconstruire. Pensons aux victimes d’aujourd’hui , d’hier peut-être. Mais jusqu’où faut-il remonter ? La guerre des Gaules, ne cache-t-elle pas aussi quelques crimes contre l’humanité ? Quel est l’intérêt et de quel droit, aller qualifier de crime contre l’humanité des évènements vieux de 300 ans, balayons d’abord devant la porte du présent.
Devons-nous nous auto-flageller en permanence pour deux sous de démagogie.  Les erreurs du passé appartiennent au passé. Il n’est pas question de les ignorer ou pire, les nier pour autant Il faut surtout éviter de les reproduire.
En ce jour de devoir de mémoire et pour répondre d’avance à ceux qui penseraient que je suis aussi devenu révisionnioniste, j’illustre cet article de quelques photos prises l’été dernier pendant mes vacances lors d’une visite du camp d’Auschwitz-Birkenau. Ces photos  ont bien du mal à rendre l’intensité des émotions ressenties ce jour-là. Même après cette visite, on a du mal à imaginer qu’autant de barbarie ait été possible. On a peine à croire aussi aux versions officielles qui veulent qu’un tel " dispositif " soit resté méconnu du monde extérieur pendant plusieurs années.

J’imaginais Auschwitz, au fin fond de la Silésie, perdu dans une vaste plaine hostile, loin à l’écart de la civilisation.
Erreur, la région est verdoyante pas particulièrement plate et les trois camps qui constituaient le complexe d’Auschwitz Birkenau sont installés à la périphérie, à peine à l’écart, d’une zone industrielle qui existait déjà dans les années 40. Bref, un enfer bien moins caché que je ne l’imaginais.

Quand le soleil brille  sur les vastes étendues du camp de Birkenau, que les papillons virvoltent sur les herbes par un après midi d’été, on a bien du mal à imaginer qu’au même endroit, 60 ans plus tôt se soient déroulés des évènements aussi tragiques. Tel fut pourtant le cas.

jna

Dans le pavillon français, tous les convois de déportés sont répertoriés comme ci-dessus.
 Ceux qui échappaient au gaz à leur arrivée, les sélectionnés, étaient épargnés momentanément comme "travailleurs"

J’ai pris de nombreuses photos lors de cette visite, mais au bout du compte c’est peut-être celle-ci qui éveille en moi le plus d’émotion. 
 Les murs du "bloc" français sont couverts d’innombrables portraits de disparus. Un album de famille tant ils nous ressemblent. Ce jeune visiteur observe avec attention. Quels sentiments ce mur lui inspire-il ?
 Comment ne pas s’interroger sur les limites de l’inhumanité.

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